Les jardiniers disent souvent que “les plantes pompent l’azoteL'azote est un élément chimique essentiel, omniprésent dans le sol, qui joue un rôle crucial dans la croissance des plantes en participant à la composition des protéines et de l'ADN.”. D’autres jurent que “les légumineusesLes légumineuses sont une famille de plantes à fleurs comprenant les pois, haricots, lentilles, soja et cacahuètes. Elles sont connues pour leur capacité à fixer l'azote du sol, enrichissant ainsi celui-ci. en donnent”. Sur le terrain, la réalité est plus fine: dans un sol vivant, l’azote circule, s’accroche, se libère, se transforme. Vos plantes sont tour à tour consommatrices, pièges à nitratesLes nitrates sont des composés chimiques naturellement présents dans le sol et l'eau, résultant de la décomposition de matière organique. Ils sont essentiels pour la croissance des plantes. et mécènes du sol via leurs racines, leurs exsudatsLes exsudats sont des substances libérées par les racines des plantes dans le sol, notamment des sucre, des acides et des enzymes, favorisant l'activité microbienne et la biodisponibilité des nutriments. et leurs résidus. Un test simple un jour de bêchage sur vos rangs de fèves vous le crie: des nodositésLes nodosités sont des sortes de gonflements, souvent réguliers, présents sur les tiges ou les racines de certaines plantes, généralement provoqués par des bactéries symbiotiques. roses à l’intérieur, c’est la légumineuseLes légumineuses désignent une famille de plantes herbacées ou ligneuses qui inclut les pois, haricots, lentilles, trèfles et lupins. Notables pour leur capacité à fixer l'azote du sol, elles sont souvent utilisées en rotation des cultures pour améliorer la fertilité du sol. qui “fabrique” de l’azote atmosphérique avec ses bactéries RhizobiumRhizobium est une bactérie qui vit dans le sol et qui a la capacité de fixer l'azote atmosphérique, en symbiose avec certaines plantes, notamment les légumineuses., puis le restitue au sol… à la décomposition. À l’inverse, un couvert végétal de seigleLe seigle est une céréale cultivée pour ses grains ou comme plante fourragère. Très résistant, il pousse même dans des sols pauvres et sous des climats rudes. ou de moutardePlante herbacée de la famille des brassicacées, cultivée pour ses graines utilisées en gastronomie pour préparer le condiment nommé aussi "moutarde". “rattrape” l’azote soluble avant qu’il ne parte avec l’eau de pluie vers la zone humide et la mare. L’enjeu en permaculture n’est donc pas de “donner” de l’azote, mais d’organiser un écosystème où il tourne sans fuite, avec paillage, compost, BRFLe BRF, pour Bois Raméal Fragmenté, désigne des copeaux de bois issus de l'élagage des branches fraîches d’arbres. Utilisé en paillage, il favorise la biodiversité et la fertilité du sol., haie fruitière et compagnonnage bien pensés.
Comprendre: Les plantes consomment, piègent et restituent selon le cycle
Au potager comme en jardin-forêt, trois dynamiques cohabitent. 1) Consommation: les choux, tomates, courges et maïs mobilisent l’azote minéral ou organique via les mycorhizes et la microfaune (vers de terre, champignons, bactéries). 2) Fixation: les légumineuses (fève, pois, vesce, trèfle, luzerne) accueillent Rhizobium, tandis que des arbustes actinorhizés (aulne, argousier, Eleagnus) fixent via Frankia. 3) Restitution: la plus grande part de l’azote “revient” au sol à la coupe, au mulch, à la chute des feuilles, et via les racines mortes. En agroécologie, vous arbitrez ces flux: un engrais vert capte ce qui filerait; une taille douce sur la haie champêtre apporte un BRF qui immobilise temporairement l’azote en surface, puis l’humifie; une rotation des cultures évite les à-coups d’extraction et soutient la fertilité du sol.
Exemples concrets au jardin: Qui fait quoi
- Féverole + vesce: fixation en automne-hiver, restitution rapide au broyage avant floraison
- Seigle + moutarde: “pompes à azote” hivernales, limitent le lessivage
- Trèfle blanc sous maïs: couvre-sol vivant, fixation lente, microclimat et faune auxiliaire
- Éleagnus x ebbingei en haie fruitière: fixation et mulch-feuilles nourricier
- BRF de taille de pommier: immobilisation courte, puis humus et mycorhizes
Choisir: Designer un cycle de l’azote cohérent, pas une recette
Pour tester chez vous, aménagez deux micro-parcelles de 4 m². Parcelle A: semez une vesce + seigle après récolte des pommes de terre, broyez en paillage avant la montée en graines, et plantez la courge dans ce mulch. Parcelle B: laissez le sol nu tout l’hiver, puis compost mûr au printemps. Comparez la vigueur, la couleur du feuillage (chlorose ou vert franc), l’arrosage nécessaire, la pression d’adventices. Vous verrez que le couvert végétal crée un sol vivant plus tampon, avec moins de fuites d’azote et une meilleure sobriété en eau (microclimat sous paillage, récupération d’eau pour l’arrosoir). En butte ou en lasagne, soignez le C/N: couches riches (tonte, lombricompost) alternées avec matières carbonées (feuilles, carton sans encre) pour éviter la faim d’azote. En verger, un trèfle nain entre les rangs, des bandes fleuries pour pollinisateurs et des mycorhizes naturelles sur sol paillé articulent biodiversité et autonomie alimentaire.
À noter :
Les légumineuses ne “nourrissent” pas massivement leurs voisines en cours de croissance. La majeure partie de l’azote est restituée après fauche ou à la mort des racines. Si vous exportez graines et fanes, vous exportez aussi l’azote: compensez par un mulch de résidus ou un engrais vert suivant.
Décryptage technique: Ce que disent les chiffres et la biologie
Les légumineuses fixent souvent 50 à 200 kg N/ha/an selon la biomasse et le stade de coupe; les nodosités rosées (léghemoglobine) attestent de l’activité. Pour que l’azote revienne utilement à la parcelle, broyez avant pleine floraison: C/N bas, minéralisation rapide, bon compagnonnage avec les “gourmandes” (chou, céleri, courge). Un BRF de rameaux de l’année (bois raméal fragmenté) peut immobiliser un peu d’azote au tout début de la décomposition en surface; sous paillage continu, la faune du sol l’intègre sans pénaliser durablement les cultures. Les mycorhizes augmentent l’accès à l’azote organique et à l’ammonium dans la rhizosphère, surtout en sol paillé non travaillé. Un sol nu lessive: l’azote nitrique part avec les pluies d’hiver vers la nappe; un couvert végétal capte cette fertilité, puis la relargue après roulage ou fauche. Côté organisation, le zonage permaculturel vous aide: engrais verts gourmands en soleil en zone 1-2, haie champêtre fixatrice en lisière (secteurs vent), mare en bas de pente pour sécuriser l’eau de pluie et tempérer le microclimat.
Agir: Vos gestes concrets dès cette saison
- Ouvrez une racine de fève: nodosités roses = fixation active
- Semez vesce + seigle après récolte; broyez en paillage au printemps
- Gardez le sol couvert: mulch, couvert végétal, pas de sol nu
- Alternez cultures associées et rotation: légumineuse puis culture gourmande
- Valorisez le recyclage organique: compost, lombricompost, tailles en BRF
Au final, les plantes ne “prennent” ni ne “donnent” l’azote de façon isolée: elles l’embrayent dans un cycle guidé par votre design permaculturel. En polyculture, avec paillage, engrais verts, haies et récupération d’eau, vous gagnez en résilience locale, en sobriété énergétique et en fertilité du sol durable. Votre potager et votre verger deviennent une petite forêt comestible où l’azote reste chez vous, au service des saisons et des semences paysannes.