Au bout de la bêche, le sol respire. Soulevez une motte en automne: des filaments blancs relient radicellesLes radicelles sont de petites racines émises par une racine principale, permettant à la plante d'absorber l'eau et les nutriments du sol. Elles jouent un rôle essentiel dans la santé du sol. de poireau, feuilles mortes et graviers. Ce maillage discret, ce sont les mycorhizes"Mycorhizes" désignent une association symbiotique entre les racines d'une plante et un champignon, qui permet une meilleure absorption des nutriments du sol par la plante., l’internet du sol vivant. Elles transportent eau, phosphoreLe phosphore est un élément chimique essentiel à la vie, se retrouvant dans le sol et contribuant à la croissance des plantes en participant à la photosynthèse, la respiration et la division cellulaire., oligo-élémentsLes oligoéléments sont des éléments chimiques présents en très petites quantités dans le sol, indispensables à la croissance des plantes et à la fertilité du sol. et signaux d’alerte entre plantes, accélèrent la décomposition du paillage et amortissent les chocs climatiques. Dans un potager ou un verger de permaculture, leur vie suit un calendrier précis. Les comprendre par saisons change la façon d’organiser l’eau de pluie, le compost, la rotation des cultures et la gestion de l’énergie au jardin-forêt.

Comprendre: La mycorhize comme infrastructure du sol vivant

Au printemps, la montée de sève côté plantes rencontre l’explosion métabolique des champignons: les endomycorhizesEndomycorhizes : Type de symbiose entre les plantes et les champignons souterrains, enrichissant le sol et augmentant l’absorption d’éléments nutritifs par les racines des plantes. (type GlomeromycètesLes Glomeromycètes sont des champignons du sol formant des symbioses avec les racines des plantes, facilitant l'absorption des nutriments. Indispensables à la santé du sol.) colonisent racines de fabacéesLes fabacées sont une grande famille de plantes dicotylédones, comprenant entre autres les légumineuses comme les pois, les fèves et les lentilles. Ces plantes sont réputées pour leur capacité à fixer l'azote atmosphérique, améliorant ainsi la fertilité du sol., cucurbitacéesLes cucurbitacées sont une famille de plantes potagères qui inclut des espèces comme le melon, la citrouille, le concombre ou la courgette. Elles sont souvent cultivées pour leurs fruits comestibles., tomateLa tomate est une plante potagère produisant des fruits rouges, riches en vitamine C et en antioxydants. Cultivée dans un climat chaud, elle est utilisée dans de nombreux plats et sauces., ailL'ail est une plante bulbeuse comestible appréciée pour sa saveur et son arôme distinctifs. Cultivé comme une culture potagère, il est utilisé à la fois comme condiment et pour ses propriétés médicinales., et étendent leur réseau vers les zones humides du paillage.

En été, si le sol reste couvert et frais, leur hyphes explorent jusqu’à 100 fois le volume racinaire pour capter l’eau au-delà de la zone desséchée.

À l’automne, la chute des feuilles alimente le réseau: les ectomycorhizes des fruitiers forestiers (châtaignier, chêne, noisetier, pin, bouleau) forment des manchons autour des racines fines et libèrent des enzymes pour minéraliser le carbone du bois raméal fragmenté.

L’hiver, l’activité ralentit en surface mais se concentre dans les couches de 10–20 cm, là où la température est stable; le réseau se met en “veille” prêt à réactiver dès que l’humidité remonte. Ce cycle est visible: croissance rapide du mycélium après une pluie douce, odeur de sous-bois sous le mulch, agrégats friables qui collent légèrement aux doigts — trois indices d’une agroécologie fonctionnelle.

  • Hiver: racines en dormance, mycélium actif en profondeur si le sol reste couvert
  • Printemps: colonisation éclair des jeunes racines, besoin de carbone simple
  • Été: réseau en mode “eau de secours”, échange eau-minéraux contre sucres
  • Automne: digestion des litières, recharge du sol et des réserves des arbres

Agir: Synchroniser paillage, compost et eau de pluie avec les cycles fongiques

Pour que ces alliances soutiennent votre autonomie et la résilience du jardin, ajustez vos gestes au rythme fongique. Printemps: semez des engrais verts mycorhiziens (vesce, seigle, trèfle incarnat) entre rangs, et évitez le travail profond du sol; greline si besoin, pas plus. Arrosez au goutte-à-goutte avec eau de pluie tiédie, le matin: l’humidité stable (60–80 % de la capacité au champ) nourrit l’extension hyphale. Été: renforcez le paillage à 8–10 cm (mélange foin/BRF/feuilles), maintenez l’ombrage des inter-rangs (tournesol, maïs doux) pour un microclimat fongique. Automne: apportez BRF frais de rameaux feuillus en couche de 3–5 cm sous les fruitiers et haies du jardin-forêt; dans le potager, préférez un mulch plus azoté (déchets de récolte, compost demi-mûr) pour éviter une faim d’azote. Hiver: laissez les racines en place après coupe au collet — la colonne mycorhizienne reste intacte et nourrit le sol en se dégradant.

À noter :

Évitez les excès de phosphore soluble, les fongicides “préventifs” au cuivre en routine et les arrosages salins: ils cassent la symbiose. Les plantules en mottes sur-substrat stérile gagnent à être “ensemencées” avec une poignée de terre du rang vivant au repiquage.

Mesures concrètes: Des choix qui font la différence

Côté matériaux, réservez le BRF aux zones ligneuses (verger, haies, jeunes arbres de forêt comestible) et gardez un paillage plus fin au potager (foin, herbe sèche, feuilles broyées). Épaisseur cible: 3–5 cm en automne, 5–8 cm avant les canicules.

Côté compost, visez un C/N entre 15 et 20 au moment de l’épandage printanier; au-delà, complétez avec un arrosage de purin de compost dilué (1/10) pour nourrir la poussée fongique sans faim d’azote.

Irrigation: le bon déclenchement est au début du dessèchement de la terre, pas avant.

pH visé entre 6 et 7 pour la majorité des endomycorhizes potagères.

Rotation: faites succéder une fabacée (fève) à une cucurbitacée, puis une alliacée; ce trio maintient un continuum mycorhizien et limite les labourages énergivores.

À mesure que vous alignez vos pratiques avec le calendrier des mycorhizes, le sol gagne en structure, le potager boit moins, le verger encaisse mieux les chaleurs, la biodiversité se densifie. C’est la promesse sobre et puissante d’une permaculture organisée: moins d’énergie dépensée, plus d’autonomie, et une forêt comestible qui travaille en silence pour vous, toute l’année.

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Eric le Permapassionné

Eric est l'auteur du site Permapassion. Il pratique la permaculture comme une relation au lieu et au temps long. Dans son Jardin-Forêt niché au bord d'une rivière en moyenne montagne, il entretient un écosystème nourricier mêlant verger, sol vivant et pratiques low-tech. Sa démarche vise une autonomie progressive — alimentaire, énergétique et matérielle — sans recherche de performance ni de modèle idéal, mais avec une attention constante portée au climat, aux saisons et à la réalité du terrain.

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