Le kiwi adore grimper. Mais en permaculture, transformer un arbre en tuteur vivant n’est pas un simple “coup d’essai” : c’est un design à part entière. Votre liane (Actinidia deliciosa pour le kiwi classique, A. arguta pour le kiwaï) pèse lourd, réclame soleil, sol vivant gorgé d’humusL'humus est une matière organique riche et fertile qui se forme par décomposition de végétaux et d'animaux morts. C'est une composante essentielle pour la fertilité des sols. et protection du vent. Le bon arbre, lui, doit ancrer, distribuer la lumière, créer un microclimatC'est une zone qui a des conditions climatiques légèrement différentes des environs directes, souvent influencées par le relief, l'orientation ou la végétation locale. Très utile en permaculture pour favoriser la diversité d'espèces. et cohabiter sans épuiser la fertilité. Après plusieurs saisons d’observation dans des jardins-forêts et haies fruitières, trois profils ressortent nettement : le mûrier (Morus), le tilleul conduit en têtard ou en rideau, et l’aulneL'aulne est un arbre d'eau de la famille des bétulacées, souvent présent au bord des rivières et des zones humides. Son bois résiste bien à l'humidité. (Alnus) en terrain frais — trio gagnant en agroécologie pour conjuguer résilience, biodiversité et autonomie alimentaire. À l’inverse, noyer, conifères et robiniers posent des problèmes concrets de toxicité, d’ombre ou de casse.

Choisir l’arbre tuteur idéal pour le kiwi : nos retours de terrain

Le mûrier platane (Morus kagayamae) ou blanc (M. alba) supporte très bien la charge et la taille douce. Son tronc robuste, sa feuillaison estivale filtrante et ses racines profondes en font un allié dans une forêt comestible : lumière tamisée, fruits pour la faune auxiliaireEnsemble d'animaux qui contribuent à la santé et la productivité d'un écosystème en permaculture, en contrôlant les ravageurs, en pollinisant les plantes ou en enrichissant le sol., litière organique abondante. Le tilleul (Tilia cordata ou platyphyllos) accepte parfaitement la conduiteEn permaculture, la conduite d'un arbuste fruitier consiste à le guider dans sa croissance pour optimiser sa production de fruits tout en prenant soin de sa santé et de sa longévité. en têtard, ce qui vous donne un “mât vivant” durable, facile à rééquilibrer par la taille. En terrain frais ou en lisière de mare/zone humide, l’aulne glutineux (Alnus glutinosa) fixe l’azoteL'azote est un élément chimique essentiel, omniprésent dans le sol, qui joue un rôle crucial dans la croissance des plantes en participant à la composition des protéines et de l'ADN., stimule les mycorhizes"Mycorhizes" désignent une association symbiotique entre les racines d'une plante et un champignon, qui permet une meilleure absorption des nutriments du sol par la plante. et dynamise la fertilité du sol : un atout pour un kiwi gourmandLes gourmands sont des pousses supplémentaires qui s'épanouissent sur les arbustes fruitiers, consommant une grande partie de leur énergie et nuisant souvent à la production de fruits. en humus. Pour les kiwaïs (A. arguta), plus tolérants à la mi-ombre, ces trois supports fonctionnent particulièrement bien.

Agencer le duo kiwi–arbre dans un design permaculturel efficace

Pensez “secteurs” et “zonage”. Placez le duo en lisière de verger (zone 2), là où l’énergie solaire du matin réchauffe vite, à l’abri d’une haie fruitière mixte. Au pied, un couvert végétal d’engrais vertsLes engrais verts sont des plantes cultivées pour améliorer la fertilité du sol. Ils sont fauchés et incorporés au sol pour apporter des matières organiques et des nutriments. (trèfle blanc, phacélie) nourrit les vers de terre, structure le sol et limite l’évaporation. Une rigole discrète amène l’eau de pluie depuis un toit; la cuvette mulché au BRF et au lombricompost amortit les à-coups hydriques. Le tuteur vivant est géré en sylviculture douce: éclaircies légères en été pour offrir des “fenêtres de soleil” au kiwi sans brûler le feuillage. Résultat: microclimat stable, mycorhizes actives, décomposition continue, fertilité du sol en hausse.

À noter :

Pour fructifier, les kiwis exigent un plant mâle pour 5 à 6 femelles (sauf variétés autofertiles). Placez le mâle en amont du vent dominant pour une pollinisation optimale par les insectes utiles. Prévoyez une gestion du poids: une liane adulte chargée dépasse 20 kg. Un fil inox discret entre l’arbre et un piquet secondaire déporte une part de charge et sécurise le système.

Étapes techniques : plantation, taille et conduite

Plantez au printemps en sol réchauffé: trou large, mélange terre locale/compost mûr (30%), amendement minéral léger si nécessaire, puis paillage épais (10–15 cm) type mulch de feuilles et BRF. Installez deux fils temporaires vers les branches charpentières de l’arbre tuteur pour guider la liane sans serrer. Arrosez copieusement, puis entretenez l’humidité par paillage; pas de butte ni de lasagne surélevée pour le kiwi: la stabilité hydrique prime. Taille fruitière: en hiver, conservez les coursonnes de l’année et renouvelez les longs sarments; en été, pincez pour favoriser la mise à fruits. Taille douce de l’arbre tuteur en juillet: ouvrez des puits de lumière, jamais de grosses coupes. Sous couvert, maintenez un engrais vert permanent et ajoutez une poignée de lombricompost au printemps pour doper la fertilité et la vie fongique.

  • Mûrier + kiwi arguta: combinaison robuste, production stable
  • Tilleul têtard: mât vivant durable, gestion simple
  • Aulne près d’une mare: fertilité et fraîcheur estivale
  • Écartez noyer, robinier, conifères: risques trop élevés

Un duo kiwi–arbre bien pensé assemble structure, énergie et eau en un seul geste low-tech. En associant paillage, récupération d’eau, taille douce et observation régulière, vous tenez un système frugal et productif, favorable aux pollinisateurs et aux cycles naturels. Cette approche d’agroforesterie à échelle de jardin-forêt n’est pas une recette: c’est un savoir-faire vivant qui relie sol, lumière et organisation du jardin pour une résilience locale tangible.

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Eric le Permapassionné

Eric est l'auteur du site Permapassion. Il pratique la permaculture comme une relation au lieu et au temps long. Dans son Jardin-Forêt niché au bord d'une rivière en moyenne montagne, il entretient un écosystème nourricier mêlant verger, sol vivant et pratiques low-tech. Sa démarche vise une autonomie progressive — alimentaire, énergétique et matérielle — sans recherche de performance ni de modèle idéal, mais avec une attention constante portée au climat, aux saisons et à la réalité du terrain.

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