Vous marchez de la cuisine au potager. Combien de pas avant d’attraper un brin de ciboulettePlante herbacée vivace de la famille des Alliacées, la ciboulette produit des tiges fines et creuses au goût d'oignon doux. En permaculture, elle enrichit le sol, repousse certains nuisibles et favorise la croissance de plants voisins., de vider le seau de compost, de cueillir une poignée de fraises des bois ? En permaculture, ce nombre de pas est un indicateur stratégique. Le zonage 0 à 5 ne dessine pas des cercles parfaits, il organise vos trajets, votre énergie humaine et les cycles du vivant pour que le sol vivant, l’eau de pluie, les plantes et la faune auxiliaireEnsemble d'animaux qui contribuent à la santé et la productivité d'un écosystème en permaculture, en contrôlant les ravageurs, en pollinisant les plantes ou en enrichissant le sol. coopèrent avec vous. L’effet immédiat, c’est moins d’allers-retours et plus d’autonomie alimentaire, avec des gestes sobres et cohérents. L’effet profond, c’est un jardin-forêt qui devient un écosystème lisible, résilient et généreux, du pas de votre porte (zone 0) aux lisières semi-sauvages (zone 5).

Comprendre les zones 0 à 5: un design par le temps et l’usage

La règle d’or du zonage en permaculture tient en une phrase: placez ce que vous visitez souvent au plus près.

En pratique, ce zonage n’est pas un dogme: il se superpose aux secteurs (vents dominants, soleil, ruissellement) et ajuste la position de chaque élément pour créer des microclimats, capter l’eau et boucler le recyclage organique.

Zones opérationnelles: des cas concrets qui changent la donne

Zone 0: depuis l’évier, les épluchures partent immédiatement dans le bio-seau. À deux pas, un lombricompost transforme ces flux en humus prêt pour vos semis. Le récupérateur d’eau de pluie alimente les arrosoirs sans tuyau qui traîne. Un thermomètre de serre adossée vous signale l’ouverture/fermeture pour protéger les semis paysans et obtenir des graines reproductibles.

  • Zone 1: installez un carré d’aromatiques au soleil du matin (thym, ciboulette, persil) avec un paillage fin. Les salades sous couvert végétal récolte par récolte demeurent à portée de main. Une butte ou des planches permanentes en lasagne accueillent des cultures associées (oignon-carotte, tomate-basilic) pour favoriser les mycorhizes, les vers de terre et la décomposition lente du mulch.
  • Zone 2: placez le poulailler mobile au pied d’une haie champêtre. Les poules grattent, mangent limaces et larves, fertilisent; vous déplacez la structure toutes les semaines pour un pâturage tournant. La mare, visible depuis la maison, devient une zone humide utile pour les libellules et les crapauds, véritables alliés du potager.
  • Zone 3: le verger en agroforesterie mélange porte-greffes adaptés, variétés anciennes et couvert végétal fleuri. Taille douce, BRF au pied, rotation des cultures de courges/maïs/haricots à la manière des « trois sœurs » pour une polyculture dense sous arrosage parcimonieux.
  • Zone 4: taillis sous futaie pour le bois de chauffage léger, piquets et paillis grossier. Vous y récoltez le bois raméal fragmenté pour nourrir le sol des zones 1 et 2.
  • Zone 5: laissez le vent inscrire sa signature, observez les secteurs de gel, repérez les couloirs de gibier. Vos sorties d’observation guident les choix de variétés, de microclimat et d’implantations.

À noter :

Le zonage n’est pas un schéma circulaire figé. Superposez-le aux secteurs (soleil, vents, bruit, vues, ruissellement). Placez l’eau en haut du terrain (citerne, baissières, infiltration), mettez la production fréquente dans l’axe de vos allers-retours, et utilisez la zone 5 comme baromètre écologique: si les insectes utiles et pollinisateurs foisonnent, votre design respire.

Agir dès maintenant: relier sol, eau, plantes, biodiversité et organisation

Commencez par cartographier vos trajets réels pendant une semaine. Notez heure par heure ce que vous allez voir/faire: arrosoir, récolte de feuilles, œufs, compost, outils. Tracez ensuite trois rayons: 10 pas (Zone 1), 30 pas (Zone 2), 100 pas (Zone 3).

Votre design permaculturel prend forme quand chaque flux trouve son raccourci. Eau: captez le toit (récupération d’eau de pluie), amenez la gravité vers des cuves intermédiaires en zone 2, distribuez par gravité ou goutte-à-goutte solaire.

Sol vivant: transformez les résidus de taille en BRF en zone 4, ramenez-les en paillage en zone 1; le cycle du carbone se raccourcit.

Plantes: installez compagnonnage et rotation des cultures, gardez une bande en engrais vert permanent au pied des fruitiers (trèfle, phacélie) pour nourrir les mycorhizes.

Biodiversité: une haie fruitière en lisière de zone 2 et une haie champêtre en zone 4 guident les oiseaux insectivores vers le potager; une mare-piège à limaces réduit les pertes.

Énergie: placez l’abri à outils entre zone 1 et 2; un pas de trop répété 200 fois par saison, c’est des heures perdues. Organisation: créez des « stations »—compostage, pépinière, arrosage, taille—et rapprochez-les de l’usage le plus fréquent.

Repères techniques: surfaces, distances, eau et sol

– Distances utiles: Zone 1 dans les 5 à 15 mètres de la cuisine; Zone 2 dans les 15 à 50 mètres; Zone 3 de 50 à 200 mètres selon topographie. Au-delà, calculez en minutes à pied et placez seulement ce qui requiert 1 à 4 visites mensuelles.
– Surfaces indicatives pour un foyer: Zone 1 (50–120 m² de planches paillées), Zone 2 (150–500 m² potager + baissières + petits fruits), Zone 3 (500–2000 m² verger/prairie). Ajustez selon autonomie visée et énergie disponible.
– Eau: visez 25–40 mm d’arrosage/semaines chaudes pour les planches intensives. Une toiture de 50 m² fournit ~50 m³/an selon pluviométrie; stockez en citerne (zone 0/1), redistribuez vers la zone 2 avec des lignes d’infiltration (baissières) sur courbes de niveau.
– Sol: en sortie d’hiver, ajoutez 2–3 cm de compost mûr sur zone 1, couvrez immédiatement de mulch. En zone 2, intercalez engrais verts et couvert végétal pour maintenir la fertilité du sol et la porosité biologique. En zone 3, BRF au pied des fruitiers, pâturage extensif ponctuel pour recycler l’azote.
– Arbres et haies: exposez au sud les haies brise-vent (double rang, essences locales nectarifères), greffez sur porte-greffes adaptés au sol, pratiquez la taille douce.
– Animaux: poulailler mobile en rotation sur zone 2/3 pour limiter les pics de ravageurs; abeilles en lisière de zone 2 avec corridor floral.
– Énergie et sobriété: privilégiez l’énergie humaine en minimisant les trajets; placez les éléments demandant surveillance (pépinière, semences paysannes en production) sous vos yeux quotidiens.

  • Tracez vos trajets réels pendant 7 jours et ajustez vos zones.
  • Rapprochez aromatiques, compost, arrosoirs et pépinière de la porte.
  • Installez une haie fruitière en zone 2 et une mare visible depuis la maison.
  • Organisez une rotation simple sur 4 planches et un couvert permanent au verger.
  • Réservez un coin de zone 5 à l’observation: c’est votre baromètre écologique.

Le zonage n’est pas un plan figé mais une conversation entre vos gestes, la topographie, l’eau et la vie du sol. Quand les zones 0 à 5 sont reliées, vous sentez la fluidité: les bio-déchets deviennent compost et humus, le BRF de la zone 4 nourrit les planches de zone 1, l’eau de pluie file par gravité vers la zone 2, la faune auxiliaire née en zone 5 régule le potager. Cette clarification progressive transforme votre terrain en écosystème cohérent où l’autonomie et la sobriété énergétique ne sont plus des slogans, mais une pratique quotidienne.

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Eric le Permapassionné

Eric est l'auteur du site Permapassion. Il pratique la permaculture comme une relation au lieu et au temps long. Dans son Jardin-Forêt niché au bord d'une rivière en moyenne montagne, il entretient un écosystème nourricier mêlant verger, sol vivant et pratiques low-tech. Sa démarche vise une autonomie progressive — alimentaire, énergétique et matérielle — sans recherche de performance ni de modèle idéal, mais avec une attention constante portée au climat, aux saisons et à la réalité du terrain.

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