Là où d’autres voient des “mauvaises herbes”, vous reconnaissez un trésor.
Entre deux rangs de pommes de terre paillées, un tapis de mouron blanc dresse ses étoiles minuscules. Sur la lisière du verger, l’achillée millefeuille attire les syrphes, pendant que le lierre terrestre tapisse l’ombre humide à la base de la haie champêtre. Au bord de la mare, la reine-des-prés frissonne, riche en salicylates, témoin d’une zone humide fonctionnelle.
Ces plantes médicinales oubliées, souvent arrachées par réflexe, révèlent pourtant une ingénierie fine du sol vivant, des mycorhizes"Mycorhizes" désignent une association symbiotique entre les racines d'une plante et un champignon, qui permet une meilleure absorption des nutriments du sol par la plante. et du microclimatC'est une zone qui a des conditions climatiques légèrement différentes des environs directes, souvent influencées par le relief, l'orientation ou la végétation locale. Très utile en permaculture pour favoriser la diversité d'espèces.. Les observer, c’est reconnecter le potager à l’écosystème,  renouer avec une pharmacopée de terrain.

Comprendre pourquoi ces médicinales dopent votre jardin-forêt ou votre potager

Dans un jardin-forêt, les “médicinales de lisière” fonctionnent comme des capteurs, des couvre-sols et des signaux.

Le plantain lancéolé, par exemple, s’installe sur les zones compactées (passages de brouette, tours de buttes): il ouvre la porosité par ses racines en pivot, favorise la décomposition en profondeur et nourrit les vers de terre via un mulchLe mulch, aussi appelé paillis, est un revêtement de la surface du sol fait de matériaux organiques ou minéraux, servant à protéger, enrichir ou améliorer la structure du sol. foliaire riche en minéraux.

L’achillée millefeuille, pionnière des sols maigres, stabilise le couvert végétal, stimule la biodiversité des insectes utiles et fournit un excellent BRF aromatique, peu azoté mais structurant.

Le lierre terrestre couvre les pieds d’arbustes de la haie fruitière, protégeant l’humusL'humus est une matière organique riche et fertile qui se forme par décomposition de végétaux et d'animaux morts. C'est une composante essentielle pour la fertilité des sols. des coups de chaud et limitant l’évaporation; au bord de la mare, la reine-des-prés signale un cycle de l’eau équilibré et héberge une faune auxiliaireEnsemble d'animaux qui contribuent à la santé et la productivité d'un écosystème en permaculture, en contrôlant les ravageurs, en pollinisant les plantes ou en enrichissant le sol. liée aux zones humides.

Ces plantes connectent l’énergie humaine (moins d’arrosages grâce au paillage vivant), l’énergie solaire (photosynthèse continue sous couvert) et l’organisation du jardin (zonage et secteurs) en un système cohérent et économe.

Choisir sept plantes médicinales à intégrer dès ce printemps

Oubliez la collectionnite; visez la fonction.

Dans une polyculture sobre, sélectionnez des plantes qui soignent à la fois les gens et le sol.

1) Achillée millefeuille (Achillea millefolium): en bordures ensoleillées, espacée de 30 cm, elle tisse un couvert végétal résilient. Division de touffes au printemps; excellente en compagnonnage des carottesLes "Carottes" sont des légumes-racines à forte teneur en bêta-carotène, cultivées largement pour leur consommation en cuisine. Faciles à cultiver, elles se sèment de janvier à juillet. et du chou (soutien aux insectes utiles).

2) Plantain lancéolé (Plantago lanceolata): à installer dans les allées et zones de passage (zones 1-2). Feuilles fraîches utiles en cataplasme terrain; fauchez haut pour laisser les rosettes.

3) Lierre terrestre (Glechoma hederacea pas Hedera helix le lierre commun) : sous la haie fruitière, pied des petits fruits (groseilliers, framboisiers). Marcottage naturel par stolons; paillage vivant qui limite l’arrosage d’eau de pluie, utile en frottant pour apaiser les égratignures.

4) Mauve sylvestre (Malva sylvestris): sur butte légère ou lasagne riche en humus; semis direct, graine reproductible. Ses fleurs nourrissent abeilles et syrphes, ses feuilles mucilagineuses calment les sols et les gorges.

5) Bugle rampante (Ajuga reptans): en mi‑ombre, au pied du verger; très bon couvert mycorhizien, tolère BRF fin.

6) Reine-des-prés (Filipendula ulmaria): pied fixe près de la mare ou d’une zone humide; tiges à tailler doux après floraison; indicatrice d’un cycle de décomposition lente qui crée de l’humus.

7) Aspérule odorante (Galium odoratum): sous le jardin-forêt, en tapis; récolte avant floraison pour le séchage, parfums coumarinés pour tisanes et vinaigres.

Si vous hésitez, semez un engrais vertLes engrais verts sont des plantes cultivées pour améliorer la fertilité du sol. Ils sont fauchés et incorporés au sol pour apporter des matières organiques et des nutriments. léger (phacéliePlante annuelle mellifère utilisée en permaculture pour ses propriétés améliorant la structure du sol, attire les insectes auxiliaires et contribue à la rotation des cultures.) en amont pour activer les mycorhizes, puis implantez vos médicinales en poquets dans ce couvert; la biodiversité répond vite.

Côté reproduction végétale: l’achillée se divise, la bugle marcotte, la mauve se ressème, l’aspérule se propage par rhizomes lents; conservez des semences paysannes de mauve et de plantain, et gardez une lignée locale, plus résiliente aux microclimats.

Organisez le zonage: plantain et mauve en zone 1 pour les cueillettes rapides; lierre terrestre, bugle, aspérule en zone 3-4, sous le verger et la haie champêtre; reine-des-prés sur le secteur “vent humide” près de la mare.

À noter :

Identifiez sans ambiguïté chaque plante (confusion possible entre mouron blanc comestible et mouron rouge toxique). Testez par petites quantités, attention aux allergies et aux interactions avec traitements. Évitez chez femmes enceintes/enfants sans avis éclairé. Récoltez avec sobriété (≈ 1/3 de la ressource), loin des routes et zones traitées. Séchez à l’abri, à moins de 40°C, étiquetez date et parcelle pour tracer vos essais.

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Eric le Permapassionné

Eric est l'auteur du site Permapassion. Il pratique la permaculture comme une relation au lieu et au temps long. Dans son Jardin-Forêt niché au bord d'une rivière en moyenne montagne, il entretient un écosystème nourricier mêlant verger, sol vivant et pratiques low-tech. Sa démarche vise une autonomie progressive — alimentaire, énergétique et matérielle — sans recherche de performance ni de modèle idéal, mais avec une attention constante portée au climat, aux saisons et à la réalité du terrain.

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