Ronces et petite faune : nuisance ou infrastructure écologique ?

En permaculture, les ronces (Rubus fruticosus agg.) sont souvent perçues comme envahissantes, piquantes et difficiles à contenir. Pourtant, la petite faune — oiseaux, micromammifères, reptiles, amphibiens et nombreux insectes — recherche précisément ce que les ronciers offrent : abri, nourriture et continuité de couvert. La question devient alors : faut-il éliminer les ronces pour « nettoyer » un site, ou les gérer comme une haie vivante au service de la biodiversité et des équilibres agricoles ?

Ce que les ronciers apportent à la petite faune

Les ronciers forment une structure dense et épineuse qui limite la prédation : ils servent de refuges et de sites de nidification, notamment pour de petits passereaux. Les fleurs de ronce sont mellifères et alimentent de nombreux pollinisateurs en été. Les fruits (mûres) nourrissent oiseaux et mammifères ; cette ressource tardive peut être décisive en fin de saison. Sur le plan microclimatique, un roncier crée une zone plus humide et plus fraîche au sol, favorable à des arthropodes, et peut faciliter la circulation discrète de la faune à travers la parcelle.

Pourquoi préserver des ronciers larges et continus ?

La nidification dans les ronces ne se raisonne pas au mètre carré isolé, mais à l’échelle d’un roncier dense, ancien et peu fragmenté.

– Dans un roncier continu, on observe en moyenne 1 nid pour 20 à 100 m² de ronces.
– Dans un petit roncier jeune ou morcelé, il n’y a souvent aucun nid, parfois un nid ponctuel.
– Dans une haie de ronces structurée (2 à 3 m de large sur plus de 10 m de long), on peut compter 1 à 3 nids actifs, selon l’année et les espèces présentes.

👉 Plus le roncier est large, épais et stable dans le temps, plus il joue son rôle de refuge sécurisé, même quand la nidification reste discrète.

Risques et arbitrages en agroécologie

Les ronces peuvent concurrencer des jeunes plantations, compliquer l’accès et former des foyers de rongeurs lorsqu’elles colonisent les abords immédiats des cultures. L’enjeu n’est pas l’éradication, mais la localisation : conserver des bandes de ronciers en lisière, talus ou zones peu productives, tout en maintenant des bordures de culture dégagées et des passages.

Réponse pratique : gérer plutôt que supprimer

Une gestion par recépage périodique (tous 2 à 5 ans selon la vigueur"Vigueur" fait référence à la capacité d'un arbuste fruitier à pousser et à se développer de manière saine et robuste, une indication de sa bonne santé et productivité.) maintient une mosaïque d’âges utile à la faune et limite l’embroussaillement. Intégrées comme « haie défensive », les ronces peuvent aussi protéger des jeunes arbres du piétinement et soutenir une trame écologique continue à l’échelle du jardin ou de la ferme.

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