Vous tenez l’outil qui change la manière de lire un terrain en permaculture. Une simple structure en A, deux pieds et un fil à plomb, et soudain la pente cesse d’être une contrainte : elle révèle des courbes de niveau qui guident la récupération d’eau de pluie, le tracé des baissièresLes baissières en permaculture désignent des tranchées ou des fossés creusés dans le sol, orientés en contre-pente, afin de recueillir et de conserver l'eau de pluie pour favoriser l'irrigation naturelle des cultures., l’implantation d’une haie fruitière, l’emplacement d’une mare ou d’une zone humide. Avec un A-frame, vous organisez l’écoulement, vous ralentissez l’érosion, vous rechargez l’humusL'humus est une matière organique riche et fertile qui se forme par décomposition de végétaux et d'animaux morts. C'est une composante essentielle pour la fertilité des sols. et vous facilitez la vie des mycorhizes"Mycorhizes" désignent une association symbiotique entre les racines d'une plante et un champignon, qui permet une meilleure absorption des nutriments du sol par la plante.. Le design permaculturel gagne en précision, la sobriété énergétique aussi : vous déplacez la brouette le long des courbes, vous irriguez par gravité et vous alignez potager, verger et haie champêtre dans un même écosystème cohérent. C’est un outil low-tech, reproductible, qui s’assemble en 30 minutes avec des matériaux naturels ou de récup. Surtout, c’est un outil d’observation fine, qui relie l’eau, le sol vivant, les plantes et votre organisation quotidienne. Une fois la lecture du terrain posée, le reste—paillage, BRFLe BRF, pour Bois Raméal Fragmenté, désigne des copeaux de bois issus de l'élagage des branches fraîches d’arbres. Utilisé en paillage, il favorise la biodiversité et la fertilité du sol., engrais vertsLes engrais verts sont des plantes cultivées pour améliorer la fertilité du sol. Ils sont fauchés et incorporés au sol pour apporter des matières organiques et des nutriments., cultures associées, lasagnesTechnique de permaculture consistant à superposer des couches de matériaux biodégradables, similaire à des lasagnes, pour créer un sol riche et fertile sans labour. ou buttes sur courbe de niveau—devient logique, presque évident. Testé au jardin-forêt, l’A-frame signe la transition entre bricolage approximatif et maîtrise des cycles naturels.

Comprendre : L’A-frame, boussole des courbes de niveau et levier de résilience

L’A-frame mesure le niveau transversal à la pente. En reliant points d’altitude identique, vous tracez des lignes de culture qui retiennent l’eau, nourrissent la fertilité du sol et stabilisent les ouvrages (baissières, buttes, chemins). L’outil répond à la question concrète “où l’eau s’arrête-t‑elle ?”, déterminante pour l’autonomie alimentaire et la résilience locale. En agroécologie, la gravité décide du microclimatC'est une zone qui a des conditions climatiques légèrement différentes des environs directes, souvent influencées par le relief, l'orientation ou la végétation locale. Très utile en permaculture pour favoriser la diversité d'espèces., de la distribution de l’humidité et du mouvement des nutriments. Ce gabarit en A rend visible ces flux, comme un stéthoscope posé sur le paysage. Il guide la place des composts, l’implantation d’une haie brise-vent, le positionnement d’un poulailler mobile pour pâturage tournant, l’orientation des planchesLes "planches" en contexte de cultures potagères se réfèrent aux zones longues et étroites de terre cultivable où poussent les légumes et autres plantes comestibles. permanentes et même la circulation de votre énergie humaine sur le site (zonage et secteurs).

En pratique, le relevé s’effectue par pas successifs : vous plantez un piquet, vous posez un pied du A-frame, vous ajustez l’autre jusqu’au niveau, vous marquez, vous répétez. À la fin, une guirlande de jalons matérialise une courbe de niveau exploitable. Sur cette ligne, une baissière peu profonde (largeur 50–70 cm, profondeur 15–20 cm) reçoit l’eau de pluie, la ralentit et l’infiltre dans le profil, là où l’humus, le mulch et les champignons de décomposition la retiennent. Vous semez un engrais vert en couvert végétal sur le bourrelet, vous paillez au BRF, vous implantez des vivaces mellifères pour les pollinisateurs. En contrebas, les vers de terre travaillent, la fertilité du sol remonte ; en amont, les cultures annuelles profitent d’une humidité régulière, appuyée par une rotation des cultures et un compagnonnage plantés dans le bon sens de l’eau.

À noter :

La précision d’un A-frame se vérifie par inversion des pieds au même point : si la marque coïncide, vous êtes au niveau. Travaillez sur sol stable, même chaussures du début à la fin, et balisez immédiatement chaque point (piquet + ruban). Sur pentes fortes, progressez en zigzag et ne tracez jamais en sol détrempé.

Agir : Fabriquer un A-frame fiable et durable avec des matériaux de récup

Matériaux et dimensions recommandés :

Construisez un A-frame de 1,80 m de haut pour une bonne lecture du terrain et un pas confortable. Récupérez deux tasseaux rectilignes en bois (latte de charpente 30×40 mm, longueur 2 m), une traverse (0,80–1 m), une corde fine (1,5 m), un plomb (écrou lourd, galet percé ou petit sac de sable), des vis inox et une équerre. Assemblez les deux montants en V renversé : les pieds espacés de 1,50 m, la traverse fixée à mi-hauteur pour rigidifier. Vissez proprement (pré-perçage conseillé), pratiquez une encoche pour attacher la corde au sommet. Suspendez le fil à plomb au faîtage ; posez l’A-frame sur sol plat, marquez un trait “0” sur la traverse à l’endroit où le fil se stabilise. Calibrez ensuite sur terrain : placez les deux pieds sur des points supposés de même altitude (planche ou trottoir), alignez le fil avec la marque “0”. Sans bouger le pied arrière, inversez les pieds. Si le fil revient sur “0”, le niveau est juste ; sinon, décalez la marque à mi-distance des deux lectures et recommencez. Cette méthode d’inversion neutralise les erreurs de symétrie et offre une précision de l’ordre du centimètre, suffisante pour des baissières, buttes en courbe de niveau, ou l’implantation d’un verger en agroforesterie. Pour la durabilité, huilez le bois (huile de lin + térébenthine), arrondissez les arêtes, coincez des patins antidérapants (chutes de pneu) sous les pieds pour éviter les glissades et limiter l’usure. Si vous travaillez souvent sur sols caillouteux, fixez une pointe courte sous chaque pied pour ancrer exactement le point de mesure. Option sobriété énergétique : remplacez le fil à plomb par un petit niveau à bulle vissé sur la traverse, mais conservez la marque “0” et la méthode d’inversion pour valider la précision. Rangez l’outil au sec, à l’abri : un A-frame droit, c’est un relevé fiable et des ouvrages stables, donc moins d’énergie humaine dépensée en reprises.

  • Marquez les pieds “G” et “D” pour contrôler l’inversion en un coup d’œil
  • Transportez un sachet de sciure pour stabiliser les points sur sol glissant
  • Tracez au cordeau fluo et doublez par des piquets numérotés
  • Validez chaque 10e point avec un retour en arrière (boucle de contrôle)
  • Implantez immédiatement un couvert (engrais vert + mulch) sur les lignes tracées

Lorsque l’A-frame a révélé vos courbes, vous passez de la théorie à la polyculture organisée. Les planches du potager se calent en courbes pour réduire l’arrosage, la mare capte les trop-pleins, la haie champêtre ralentit le vent et nourrit les pollinisateurs, les baissières infiltrent et stockent l’eau dans l’horizon riche en humus. Au-dessus des lignes, l’implantation des variétés anciennes et des semences paysannes profite d’un sol qui respire, protégé par un paillage permanent. En dessous, les arbres du verger, greffés sur porte-greffes adaptés, enracinent la stabilité et offrent un microclimat où prospèrent champignons, vers de terre et faune auxiliaire. Vous articulez l’écosystème : la récupération d’eau alimente la fertilité du sol, la fertilité nourrit la biodiversité, la biodiversité stabilise l’eau. C’est la boucle de résilience, au service de votre autonomie.

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Eric le Permapassionné

Eric est l'auteur du site Permapassion. Il pratique la permaculture comme une relation au lieu et au temps long. Dans son Jardin-Forêt niché au bord d'une rivière en moyenne montagne, il entretient un écosystème nourricier mêlant verger, sol vivant et pratiques low-tech. Sa démarche vise une autonomie progressive — alimentaire, énergétique et matérielle — sans recherche de performance ni de modèle idéal, mais avec une attention constante portée au climat, aux saisons et à la réalité du terrain.

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